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L’HERITAGE SPIRITUEL DU PRINCE LAZARE
Allocution prononcée par le professeur
d’histoire Jean-Paul Besse lors de la réunion Kosovo: une question de civilisation,
tenue à la Sorbonne, le mercredi 28 mars 2007. Devant un aréopage au moins aussi
brillant que celui de ce soir, mais en présence de Madame Raymond Poincaré,
(1), Gabriel d’Annunzio, l’auteur de l’Ode aux Serbes, disait
déjà dans notre Sorbonne ce qu’il écrivait à Venise un an plus tard,
en 1916:
«Voilà que l’Europe décrépite,
la temporisatrice courbée sous le
poids de ses fraudes et de ses lâchetés,
va se plonger dans le sang»
car, ajoutait-il, la France, «la grande
Semeuse (…) a épuisé la graine
de son tablier» (Licenza) (2)
Que dire aujourd’hui? Ne cultivons-nous
pas l’amnésie et la désinformation avec délices, comme au seuil du seconde
conflit mondial, lorsque Jean Giraudoux, promu ministre de l’Information,
se lamentait dans l’intimité des mensonges qu’on lui faisait dire à
Radio-Paris?
Si le Le Kossovo dans l’âme précède
Le Kossovo
de l’absolu, c’est que le mensonge reste le principal ennemi du
saint Prince Lazare et de son épopée. Les zadoujbiné, les fondations
«pour l’âme» littéralement, des rois et princes serbes étudiés par notre
ami l’historien Bochko Boïovitch, de Gratchanitsa à Détchani, sont autant
de flambeaux qui dénoncent le mensonge. Et la laure patriarcale de Petch,
où célèbre le saint patriarche Paul, ancien évêque de Prizren la crucifiée,
n’est-elle pas à elle seule, tout le sens du message de ce vieillard
auguste, blanchi dans les luttes sacrées? Gabriel Millet, André Grabar,
Steven Runciman, nous en livrent les clefs dans leurs études émerveillées
(3). Rappeler leurs pages, c’est éviter les malheurs de demain car ce
n’est pas impunément que l’on oublie le Juste dans les caves ensanglantées
de l’Europe.
La Bible, cette épopée première,
fondatrice et inspiratrice de toute notre littérature, nous propose
comme icônes éternelles du Juste deux figures de l’Absolu: Job le Très-Souffrant
dans l’Ancien Testament, et son accomplissement dans le Nouveau, Le
Christ Sauveur. A l’approche de la Semaine Sainte, notre hommage de
ce soir nous rappelle qu’au Kossovo, la crucifixion du Dieu-homme se
perpétue hic et nunc. Allons-nous revêtir une nouvelle fois la toge
équivoque de l’occupant? En mot, serons-nous Pilate, voire Pierre dont
le triple reniement fut si terriblement humain?
Léon Bloy prétendait que, sur cette
terre, le Christ reste en agonie jusqu’à la fin du monde; nous savons,
nous, qu’il est effectivement aujourd’hui au Kossovo, comme le juste
décapité du XIVè siècle, Lazare le bien nommé. Mais le nom de ce dernier
était déjà une promesse de résurrection! Rien de tel chez les bourreaux
d’hier et de demain… Au contraire, à travers ces terribles accusateurs
de notre époque que sont les érudits français dont Komnen Becirovic
nous restitue le message, les nouveaux «larrons» qui arrachent son cœur
à la Serbie, trouvent leur salaire de honte et la croix sans salut du
«malfaiteur» (Luc XXIII: 39) qui injuriait le Juste.
Jean-Paul Besse
1) Et de Paul Deschanel, académicien, président
de la Chambre et futur président de la République, ainsi que des célèbres
historiens Lavisse et Ferrero, et des romanciers Blasco Ibanez et Jean
Richepin. Cette manifestation «pour la défense de la civilisation latine»,
le 12 février 1915, protestait contre l’attentisme du gouvernement italien
et préparait son entrée en guerre aux cotés de la France.
2) Traduit par André Doderet in Envoi
à la France, Paris 1924.
3) C’est à dessein que nous citons ces grands noms issus de trois nationalités différentes, française, russe et britannique. L’art serbe du Kossovo a suscité une admiration universelle | |||
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