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L'Independancе
contre l'independance du Kossovo
Dans son numero
du decembre, le journal du mouvement souverainiste francais (RIF), La
Lettre de l'Independance, consacre plusieurs textes au Kosovo. Nous reproduisons
l'article de Jean-Paul Bled, professeur d'histoire a la Sorbonne, ecrit
a la suite de son recent sejour en Serbie, ainsi que son entretien avec
Komnen Becirovic au sujet du livre de celui-ci, Le Kosovo de l'absolu,
consacre au patrimoine kossovien.

У свом децембарском
броју, гласило француског суверенистичког покрета (RIF), La Lettre de
l'Independance, посветило је неколико текстова о Косову. Преносимо чланак
Жана-Пола Бледа, професора историје на Сорбони, напиасан након његовог
недавног боравка у Србији, као и његов разговор са Комненом Бећировићем
поводом књиге овога Le Kosovo de l'absolu, Косово апсолутног , посвећене
косовској баштини.
Jean-Paul Bled:
Le Kossovo: la boite de Pandore
Косово: Пандорина кутија
Neuf ans apres
la guerre, le Kossovo revient sur le devant de la scene. L'entreprise
de depecement de la Serbie est de nouveau en marche. De surcroit, par
un enchainement logique, l'operation risque d'ebranler et de destabiliser
les Balkans.
Rappelons,
pour commencer, le droit international. L'Acte final d'Helsinki pose pour
regle le respect intangible de l'integrite territoriale des Etats . Certains
feront sans doute valoir que l'eclatement de la Yougoslavie a ignore ce
principe majeur du droit international. A la reserve pres que le trace
des nouveaux Etats suit les limites des anciennes republiques constitutives
de la Federation yougoslave. En tout etat de cause, la question a ete
tranchee par la resolution 1244 adoptee en 1999 par les Nations-Unies
au terme du conflit declenche par l'OTAN. Celle-ci stipule l'appartenance
du Kossovo a la Republique de Serbie.
Il est vrai qu'une resolution des Nations-Unies n'est pas obligatoirement
inscrite dans le marbre pour l'eternite. Au reste, le plan de reglement
propose par la Serbie dans le cadre de la negociation avec la representation
du Kossovo, conduite sous l'egide du Groupe de Contact (Etats-Unis – Allemagne
– France – Italie – Royaume-Uni – Russie) prevoit que le statut de la
province puisse etre reexamine dans un delai de vingt ans, ce qui laisserait
la porte ouverte a des amenagements futurs. Encore faut-il – parallelisme
des formes oblige – que toute modification de l'actuel statut recoive,
a travers les Nations-Unies, l'accord de la communaute internationale.
Toute declaration unilaterale d'independance serait donc une violation
du droit international.
Pour
obtenir cet accord, les autorites serbes sont allees tres loin dans la
voie des concessions. Au terme de leur plan, le Kossovo beneficierait
d'une large autonomie, le gouvernement serbe ne gardant que la politique
exterieure, la defense, le controle des frontieres, la politique monetaire
et la protection de l'heritage culturel et religieux, du moins ce qu'il
en reste.
Avec le soutien des Etats-Unis et des pays de l'Union europeenne membres
du Groupe de Contact, parmi lesquels la France de Nicolas Sarkozy a adopte
une position maximaliste, la delegation du Kossovo en est restee a son
exigence d'une independance immediate, sans que soit reellement posee
cette question pourtant essentielle : ce minuscule territoire a l'echelle
de l'Europe aurait-il les moyens de son independance ? La reponse est
evidemment negative. Pour ne prendre que ces exemples, le Kossovo est
entierement tributaire de la Serbie pour son approvisionnement en electricite.
De meme, sans l'apport de la Serbie, il serait condamne a une grave crise
de penurie alimentaire.
Il
est a prevoir que la declaration d'independance n'interviendra pas avant
le debut de l'annee 2008. L'affaire viendra, le 19 decembre, devant le
Conseil de Securite des Nations-Unies ou la position de la Serbie sera
defendue par son Premier ministre, M. Kostunica. Il se murmure, d'autre
part, que la diplomatie americaine s'emploie a convaincre les dirigeants
kossovars d'attendre le 3 fevrier, date du second tour de l'election presidentielle
en Serbie. Ce leger retard n'aurait d'autre but que d'eviter de favoriser,
par une demarche precipitee, le candidat des radicaux serbes qui risquerait
alors de capitaliser sur son nom la colere des electeurs serbes.
Il est pourtant peu probable que cette manoeuvre suffise a eviter une
forte poussee de tension, quand bien meme certains veulent croire qu'a
la fin des fins, la perspective d'une entree dans l'Union europeenne desarmera
l'opposition de la Serbie. Il est beaucoup plus probable que celle-ci
s'apprete a prendre des mesures de retorsion qui pourraient commencer
par une reduction du niveau des relations diplomatiques avec les Etats
les plus engages dans cette politique de negation des interets serbes.
Pour son alignement sur les Etats-Unis, plus que jamais les maitres du
jeu dans la region, la France devrait malheureusement figurer au premier
rang des Etats vises. D'autre part, une panoplie de mesures a ete arretee
qui seront appliquees si les circonstances l'exigent. Sans attendre, une
representation du gouvernement serbe a ete installee dans les trois communes
a majorite serbe du nord du Kossovo
L'independance
du Kossovo participe d'un plan qui vise a resserrer l'emprise des Etats-Unis
sur la region. Deja, ils tiennent bien en main le Montenegro, l'Albanie
et la Macedoine. Les dirigeants kossovars, comme hier les chefs de l'UCK,
n'entreprennent rien sans le feu vert de Washington. Demain, ils ne se
feraient pas prier pour recompenser leur protecteur a la hauteur de ses
exigences.
En poussant a cette declaration d'independance unilaterale, les Etats-Unis
menacent d'ouvrir une nouvelle boite de Pandore. Il est vrai qu'ils sont
passes maitre dans cet exercice. Ce n'est pas seulement que les Serbes
ne resteront pas inertes. Ce scenario risque d'entrainer des reactions
en chaine. Aussi longtemps que les Etats-Unis n'auront pas donne leur
aval, la constitution d'une grande Albanie n'est peut-etre pas le cas
le plus probable. En revanche, le resserrement des liens entre Tirana
et Pristina est a prevoir. De son cote, la Macedoine, deja bien fragile,
risque de ne pas resister a cette epreuve. En constante progression, sa
minorite albanaise - representant deja un tiers de la population – pourrait
etre tentee de rejoindre un Kossovo independant. Comment imaginer ensuite
que l'onde de choc s'arrete aux limites de la Bosnie ? Sans compter qu'ailleurs
en Europe et dans le monde, d'autres ne manqueront pas de se reclamer
de ce precedent pour remettre en cause des frontieres existantes.
Relancer la question du Kossovo, c'est donc jouer bien inconsiderement
avec le feu. Les consequences risquent d'en etre incalculables, a commencer
par la destabilisation des Balkans. Face a ces dangers, on regrettera
d'autant plus que la France n'ait pas sagement choisi le parti de la prudence.
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