ИСТИНА број 160; Беч, понедељак 7. јануар 2008.
 

L'Independancе contre l'independance du Kossovo

Dans son numero du decembre, le journal du mouvement souverainiste francais (RIF), La Lettre de l'Independance, consacre plusieurs textes au Kosovo. Nous reproduisons l'article de Jean-Paul Bled, professeur d'histoire a la Sorbonne, ecrit a la suite de son recent sejour en Serbie, ainsi que son entretien avec Komnen Becirovic au sujet du livre de celui-ci, Le Kosovo de l'absolu, consacre au patrimoine kossovien.

La Lettre de l'Indépendance, Paris, Dez. 2007.

У свом децембарском броју, гласило француског суверенистичког покрета (RIF), La Lettre de l'Independance, посветило је неколико текстова о Косову. Преносимо чланак Жана-Пола Бледа, професора историје на Сорбони, напиасан након његовог недавног боравка у Србији, као и његов разговор са Комненом Бећировићем поводом књиге овога Le Kosovo de l'absolu, Косово апсолутног , посвећене косовској баштини.

Jean-Paul Bled:
Le Kossovo: la boite de Pandore
Косово: Пандорина кутија

Neuf ans apres la guerre, le Kossovo revient sur le devant de la scene. L'entreprise de depecement de la Serbie est de nouveau en marche. De surcroit, par un enchainement logique, l'operation risque d'ebranler et de destabiliser les Balkans.
JEAN-PAUL BLED, eminent historien, president du RIF, ami prouve du peuple serbe Rappelons, pour commencer, le droit international. L'Acte final d'Helsinki pose pour regle le respect intangible de l'integrite territoriale des Etats . Certains feront sans doute valoir que l'eclatement de la Yougoslavie a ignore ce principe majeur du droit international. A la reserve pres que le trace des nouveaux Etats suit les limites des anciennes republiques constitutives de la Federation yougoslave. En tout etat de cause, la question a ete tranchee par la resolution 1244 adoptee en 1999 par les Nations-Unies au terme du conflit declenche par l'OTAN. Celle-ci stipule l'appartenance du Kossovo a la Republique de Serbie.
Il est vrai qu'une resolution des Nations-Unies n'est pas obligatoirement inscrite dans le marbre pour l'eternite. Au reste, le plan de reglement propose par la Serbie dans le cadre de la negociation avec la representation du Kossovo, conduite sous l'egide du Groupe de Contact (Etats-Unis – Allemagne – France – Italie – Royaume-Uni – Russie) prevoit que le statut de la province puisse etre reexamine dans un delai de vingt ans, ce qui laisserait la porte ouverte a des amenagements futurs. Encore faut-il – parallelisme des formes oblige – que toute modification de l'actuel statut recoive, a travers les Nations-Unies, l'accord de la communaute internationale. Toute declaration unilaterale d'independance serait donc une violation du droit international.
L'eglise orthodoxe serbe a Mouchoutichte, elevee en 1315,  avant la destruction criminelle par les Albanais en 1999. Pour obtenir cet accord, les autorites serbes sont allees tres loin dans la voie des concessions. Au terme de leur plan, le Kossovo beneficierait d'une large autonomie, le gouvernement serbe ne gardant que la politique exterieure, la defense, le controle des frontieres, la politique monetaire et la protection de l'heritage culturel et religieux, du moins ce qu'il en reste.
Avec le soutien des Etats-Unis et des pays de l'Union europeenne membres du Groupe de Contact, parmi lesquels la France de Nicolas Sarkozy a adopte une position maximaliste, la delegation du Kossovo en est restee a son exigence d'une independance immediate, sans que soit reellement posee cette question pourtant essentielle : ce minuscule territoire a l'echelle de l'Europe aurait-il les moyens de son independance ? La reponse est evidemment negative. Pour ne prendre que ces exemples, le Kossovo est entierement tributaire de la Serbie pour son approvisionnement en electricite. De meme, sans l'apport de la Serbie, il serait condamne a une grave crise de penurie alimentaire.
La sauvagerie albanaise sur les sanctuaires serbes au Kossovo: Moucoutichte(1315) avant et apres la destruction (1999)Il est a prevoir que la declaration d'independance n'interviendra pas avant le debut de l'annee 2008. L'affaire viendra, le 19 decembre, devant le Conseil de Securite des Nations-Unies ou la position de la Serbie sera defendue par son Premier ministre, M. Kostunica. Il se murmure, d'autre part, que la diplomatie americaine s'emploie a convaincre les dirigeants kossovars d'attendre le 3 fevrier, date du second tour de l'election presidentielle en Serbie. Ce leger retard n'aurait d'autre but que d'eviter de favoriser, par une demarche precipitee, le candidat des radicaux serbes qui risquerait alors de capitaliser sur son nom la colere des electeurs serbes.
Il est pourtant peu probable que cette manoeuvre suffise a eviter une forte poussee de tension, quand bien meme certains veulent croire qu'a la fin des fins, la perspective d'une entree dans l'Union europeenne desarmera l'opposition de la Serbie. Il est beaucoup plus probable que celle-ci s'apprete a prendre des mesures de retorsion qui pourraient commencer par une reduction du niveau des relations diplomatiques avec les Etats les plus engages dans cette politique de negation des interets serbes. Pour son alignement sur les Etats-Unis, plus que jamais les maitres du jeu dans la region, la France devrait malheureusement figurer au premier rang des Etats vises. D'autre part, une panoplie de mesures a ete arretee qui seront appliquees si les circonstances l'exigent. Sans attendre, une representation du gouvernement serbe a ete installee dans les trois communes a majorite serbe du nord du Kossovo
Le Kosovo sous la communaute internationale: mort aux Serbes (Косово под међународном заједницом: СМРТ СРБИМА!) L'independance du Kossovo participe d'un plan qui vise a resserrer l'emprise des Etats-Unis sur la region. Deja, ils tiennent bien en main le Montenegro, l'Albanie et la Macedoine. Les dirigeants kossovars, comme hier les chefs de l'UCK, n'entreprennent rien sans le feu vert de Washington. Demain, ils ne se feraient pas prier pour recompenser leur protecteur a la hauteur de ses exigences.
En poussant a cette declaration d'independance unilaterale, les Etats-Unis menacent d'ouvrir une nouvelle boite de Pandore. Il est vrai qu'ils sont passes maitre dans cet exercice. Ce n'est pas seulement que les Serbes ne resteront pas inertes. Ce scenario risque d'entrainer des reactions en chaine. Aussi longtemps que les Etats-Unis n'auront pas donne leur aval, la constitution d'une grande Albanie n'est peut-etre pas le cas le plus probable. En revanche, le resserrement des liens entre Tirana et Pristina est a prevoir. De son cote, la Macedoine, deja bien fragile, risque de ne pas resister a cette epreuve. En constante progression, sa minorite albanaise - representant deja un tiers de la population – pourrait etre tentee de rejoindre un Kossovo independant. Comment imaginer ensuite que l'onde de choc s'arrete aux limites de la Bosnie ? Sans compter qu'ailleurs en Europe et dans le monde, d'autres ne manqueront pas de se reclamer de ce precedent pour remettre en cause des frontieres existantes.
Relancer la question du Kossovo, c'est donc jouer bien inconsiderement avec le feu. Les consequences risquent d'en etre incalculables, a commencer par la destabilisation des Balkans. Face a ces dangers, on regrettera d'autant plus que la France n'ait pas sagement choisi le parti de la prudence.


INDEX
TOP PAGE