La Serbie à la Sorbonne: une longue tradition

Jean-Paul Bled

Discours introductif du professeur d’histoire Jean-Paul Bled à la réunion  Kossovo: une question de civilisation, tenue dans l’amphithéâtre Guizot à la Sorbonne, le mercredi 28 mars 2007.
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Cette soirée s’inscrit dans une longue tradition, celle des relations entre la Sorbonne et la Serbie qui sont très anciennes. La liste est longue des professeurs de cette auguste maison qui marquèrent leur intérêt et leur amitié pour la Serbie et elle remonte haut dans le temps.
Mon intention n’est pas de citer les noms de tous ces maîtres, mais de relever les plus marquants d’entre eux. Claude Fauriel introduit cette longue liste. Influencé par les idées du romantisme, fasciné par l’Orient dans le sens que l’on donnait  alors à ce mot, il fut le premier à attirer l’attention du public français sur l’épopée du Kossovo. Il est suivi d’Elise Voiart qui publia la première traduction des Chants populaires des Serviens, à partir d’une traduction allemande publiée, en 1825,  par Theresa von Jacob qui, pour cette entreprise, bénéficia du soutien de Goethe. Notons qu’elle l’a dédia à François Guizot, le grand historien qui a donné son nom à l’amphithéâtre dans lequel nous sommes réunis ce soir. La même époque voit le grand poète polonais Adam Mickiewicz découvrir à son public du Collège de France, à quelques pas d’ici, la poésie populaire serbe.

La liste s’allonge avec Frédéric Gustave Eichhoff, professeur de littérature comparée, et Saint-René Taillandier, titulaire d’une chaire de poésie, puis de rhétorique, connu pour son amitié pour les Serbes et les Tchèques. Et voici que s’ouvre une longue liste de grands historiens qui, à des titres divers, s’intéressèrent à la Serbie. Ernest Lavisse, le grand maître de l’école historique française de l’avant 14, et Alfred Rambaud n’étaient pas des spécialistes de l’espace balkanique; Ils n’en consacrèrent pas moins quelques belles pages à l’histoire du peuple serbe dans leur Histoire Générale. Mais, après eux, vient une série de spécialistes Grand spécialiste de la Bohême, Ernest Denis étend  son champ d’intérêt à la Serbie. Il lui consacre, en 1916, un livre qui, sous le titre de La Grande Serbie, est resté un classique. Après la guerre, il fondera, en 1919, l’Institut d’Etudes Slaves. A Ernest Denis, il faut associer Emile Haumant, auteur d’une Histoire des Yougoslaves, et le grand orientaliste Victor Bérard qui, après les heures tragiques de 1915, fonda le Comité franco-serbe et fut à l’origine de la journée serbe organisée dans toutes les écoles de France. Il faut encore mentionner le grand byzantinologue Charles Diehl qui apporta aussi sa pierre à ce grand mouvement de l’amitié franco-serbe.

Cette grande œuvre n’est pas un monopole des universitaires. A leur côté, on trouve des diplomates comme le baron d’Avril, auteur de la traduction de la Bataille de Kossovo que notre ami Komnen Becirovic vient si heureusement de rééditer; des érudits à la manière d’Edmond Laboulaye et Joseph Reinach; des écrivains comme le grand mystique Edouard Schuré; des historiens, enfin, comme Frantz Funck-Brentano.

Tous ces auteurs ont évoqué dans leurs œuvres la poésie épique serbe, notamment La Bataille de Kossovo. Certains ont même fait plus et lui ont consacré une de leurs œuvres. Tous ont souligné que cette poésie populaire, due à des auteurs anonymes, transmise de génération en génération, fut, pour reprendre l’expression d’Edouard Schuré «le signe de ralliement de la, pensée serbe». Elle a, en effet, forgé l’unité morale du peuple serbe, en l’aidant à traverser la longue épreuve de plusieurs siècles de servitude.

Tous ces auteurs sont des témoins valeureux, pour certains prestigieux de l’amitié franco-serbe. A ce titre, ils ont légitimement droit à notre gratitude.


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